IA : Reporters Sans Frontières souhaite encadrer son utilisation

Reporters Sans Frontières a appelé à l’élaboration d’une charte éthique internationale pour encadrer l’IA.
IA : Reporters Sans Frontières souhaite encadrer son utilisation
Les médias souhaitent établir une charte pour l'IA - © Unsplash.com

Ces derniers mois, le développement rapide de modèles d’intelligence artificielle (IA) génératifs comme GPT-4 provoque de vifs débats au sein de la profession journalistique. Alors que certains entrevoient un potentiel révolutionnaire, d’autres s’alarment des risques pour la déontologie. Dans ce contexte de bouleversement, l’organisation Reporters Sans Frontières a appelé à l’élaboration d’une charte éthique internationale sur ces technologies controversées.


IA : Reporters Sans Frontières souhaite encadrer son utilisation
Reporters sans frontières veulent réalisé une charte éthique – © RSF.org

L’IA : Des gains de productivité au risque de désinformation massive

Pour les plus enthousiastes cela serait une chance historique d’améliorer l’efficacité des rédactions. Les algorithmes pourraient se charger des tâches rébarbatives comme la relecture mécanique ou la suggestion de sujets, libérant du temps pour les enquêtes approfondies. Grâce à l’exploration de masses de données, elle permettrait aussi de dégager des angles originaux, stimulant la créativité des journalistes. Surtout, la production automatisée de certains contenus de base favoriserait la conquête de nouveaux publics, essentielle à l’ère numérique.

Cependant, à l’usage, les limites actuelles de la technologie sont manifestes. Les modèles artificiels propagent de nombreuses informations erronées et font preuve de biais problématiques hérités de leurs données d’entraînement. Dès lors, le risque d’une diffusion virale incontrôlée de contenus trompeurs générés par les algorithmes ne peut être écarté. Par ailleurs, en exploitant des articles et images existants sans autorisation, ces intelligences portent atteinte au droit d’auteur et à l’indépendance éditoriale des rédactions.

Des interrogations déontologiques complexes

Au-delà de ces écueils, son utilisation pose aussi des questions éthiques délicates. Quelle transparence adopter sur les méthodes d’entraînement des algorithmes, souvent opaques ? Doit-on systématiquement signaler les contenus produits par des robots ? Comment obtenir le consentement des détenteurs de droits avant d’utiliser leurs œuvres pour nourrir les IA ?

Ces défis éthiques opposent les immenses profits permis par l’automatisation de la production de contenus, et l’impératif de fournir une information fiable au public. Sous pression, les médias sauront-ils résister à la tentation d’une rentabilité à court terme et imposer des garde-fous pour un usage responsable de ces technologies controversées ?

Vers l’indispensable régulation internationale ?

Conscients des risques, plusieurs gros journaux ont déjà adopté des chartes déontologiques non contraignantes. Mais de nombreux spécialistes estiment qu’une régulation s’impose pour encadrer l’utilisation de l’IA de manière éthique et responsable. C’est l’objectif de l’initiative de RSF, qui appelle à une charte globale édictant des principes universels protecteurs du journalisme à l’ère des algorithmes. Reste à savoir si les États sauront prendre la mesure des enjeux et faire preuve de la volonté politique nécessaire pour éviter les dérives.

Et quand bien même, quelle forme pourrait prendre cette charte, en particulier à une époque où le contenu diffusé peut être produit et diffusé par n’importe qui et depuis n’importe où, y compris hors du champ d’influence des États ? S’il n’y a pas d’adhésion internationale, il semble difficile d’imposer une régulation véritablement efficace.

Il semble clair qu’on ne peut laisser les géants du numérique décider seuls de l’avenir de l’information à l’ère des intelligences artificielles. Un vaste débat public s’impose pour définir collectivement le cadre éthique et déontologique de l’utilisation de ces technologies en journalisme. L’équilibre entre innovation technologique et intégrité de l’information qui sortira de cette discussion démocratique sera déterminant pour l’avenir de la profession.

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