C’est le grand jour pour Facebook, Google, Amazon et autres. Ce vendredi 25 août marque l’entrée en application du Digital Services Act (DSA), nouveau règlement européen qui s’annonce comme une vraie révolution pour les géants du web. Au menu : une ribambelle d’obligations inédites pour moraliser le Far West numérique et mieux protéger les citoyens.
Sous le radar de Bruxelles : Les mastodontes du web visés
Pour l’heure, 19 mastodontes du web se retrouvent dans le collimateur de Bruxelles. Sans surprise, on y retrouve les cadors des réseaux sociaux, ces plateformes ultra-populaires mais souvent controversées. Facebook et ses 2 milliards d’utilisateurs sont évidemment de la partie. Tout comme Instagram, son célèbre cousin dédié au partage de photos, qui compte pas moins d’un milliard de membres actifs. Autres incontournables : le petit nouveau TikTok, son format vidéo addictif et ses centaines de millions de fans. Ou encore X, le réseau à la croix qui a déjà son lot de polémique.

Mais ce n’est pas tout. Les sites e-commerce, avides de nos données personnelles pour affiner leurs techniques marketing, sont également dans le viseur. À commencer par le leader Amazon, avec plus de 200 millions de clients dans le monde et sa réputation sulfureuse en matière d’optimisation fiscale.
Idem pour la plateforme chinoise AliExpress et ses entrepôts regorgeant de produits bon marché à la conformité douteuse. Dans une moindre mesure, le site de prêt-à-porter Zalando fait aussi partie de la liste.
Cerise sur le gâteau : les incontournables du web que sont les moteurs de recherche (Google en tête) et les boutiques d’applications (App Store d’Apple, Google Play Store) seront eux aussi de la partie. Bref, avec cette liste ciblée, c’est tout l’internet dominé par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui se retrouve soudain sous surveillance rapprochée.
Transparence et protection des mineurs : Les nouvelles obligations
Jusqu’ici, ces géants du web bénéficiaient d’une grande liberté, conscients de leur poids économique et de leur mainmise sur les données personnelles. Mais la nouvelle mouture européenne vient mettre de l’ordre dans tout ça. Concrètement, le DSA oblige les plateformes à plus de transparence sur leurs algorithmes et leurs modérations de contenus. Elles devront par exemple informer les utilisateurs sur les raisons d’une suppression de post ou d’un compte.
Autre grande avancée : l’interdiction totale du ciblage publicitaire des moins de 18 ans. Une mesure phare pour protéger les mineurs des techniques marketing intrusives, et plus globalement des dangers des réseaux sociaux pour la santé mentale. Ces derniers mois, Instagram et TikTok se sont retrouvés plusieurs fois épinglés pour leurs effets néfastes sur les ados. Désormais, la manipulation sera beaucoup plus difficile.

D’autres dispositions importantes concernent la lutte proactive contre les contenus illicites. Les plateformes devront mettre en place des politiques claires et des modérateurs en nombre suffisant pour débusquer rapidement discours haineux, appels à la violence, ou pédopornographie. On est loin du Far West numérique d’antan.
Amendes salées et risque d’exclusion : L’UE durcit le ton face aux géants
Sans des sanctions significatives, ces nouvelles directives perdraient leur impact. L’Union Européenne l’a bien compris : face à des violations sérieuses ou récurrentes, elle se donne le droit d’imposer des pénalités pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires global de l’entreprise en faute. De quoi donner des sueurs froides aux patrons, même les plus puissants.
Pire encore, les récalcitrants s’exposent à un bannissement pur et simple du marché européen, ce qui serait dramatique pour leur business. Autant dire que Facebook, Google and co n’auront d’autre choix que de rapidement se mettre en règle et coopérer pleinement avec les régulateurs. Sous peine de sombrer dans une immense crise financière et d’image.
Bien sûr, tout n’est pas rose dans cette histoire. Certains géants comme Amazon jouent déjà la montre en contestant juridiquement leur inclusion dans cette liste noire européenne. Ambiance. Surtout, des doutes existent sur la capacité de l’UE à vraiment contrôler des acteurs globaux, qui jonglent allègrement entre les pays.
Mais l’essentiel est ailleurs : avec le DSA, l’Europe frappe fort et montre la voie. Elle replace l’intérêt des citoyens au centre, là où la course à l’audience et aux profits primait. Désormais, la balle est dans le camp des autres régulateurs mondiaux, comme les États-Unis ou la Chine. Sauront-ils s’inspirer de l’audace européenne pour enfin dompter les excès du numérique ?