L’Associated Press serre la vis de l’IA en journalisme

L’Associated Press établit de nouvelles directives pour encadrer l’usage de l’IA en journalisme, visant à préserver l’information et la profession.
L'Associated Press serre la vis de l'IA en journalisme
Face aux défis de l'IA en journalisme, l'Associated Press prend les devants avec des consignes claires - © Montage MPS

C’est un grand changement à venir dans le monde du journalisme ! L’Associated Press, plus connue sous ses initiales AP, vient de prendre une décision qui fera date. Ce n’est pas la première fois que des agences veulent encadrer l’IA, mais l’agence de presse américaine a publié de nouvelles règles ultra-strictes pour encadrer l’utilisation des intelligences artificielles (IA) génératives du type ChatGPT par ses journalistes. Objectif : intégrer ces outils à la rédaction de façon éthique, sans mettre en péril la crédibilité de l’info.

L’Associated Press dit non à la publication de contenus créés par l’IA

Les nouvelles consignes de l’AP sont on ne peut plus claires : ses journalistes n’ont absolument pas le droit de se baser sur des textes générés par l’IA pour réaliser leurs articles destinés à être publiés. Tout contenu issu de ces technologies est considéré comme une source non fiable jusqu’à preuve du contraire. Autrement dit, ces contenus doivent être vérifiés et recoupés avec le plus grand soin avant publication, comme n’importe quelle info venue de l’extérieur.

L'Associated Press serre la vis de l'IA en journalisme
OpenAI l’entreprise fondatrice de chatGPT – © Unsplash
  • AP a un accord de licence avec OpenAI, le fabricant de ChatGPT, et bien que le personnel d’AP puisse expérimenter ChatGPT avec prudence, il ne l’utilise pas pour créer du contenu publiable.
  • Tout résultat d’un outil d’IA génératif doit être traité comme un matériel source non vérifié. Le personnel d’AP doit appliquer son jugement éditorial et les normes d’approvisionnement d’AP lorsqu’il envisage de publier une information.
  • Conformément à nos normes, nous ne modifions aucun élément de nos photos, vidéos ou sons. Par conséquent, nous n’autorisons pas l’utilisation de l’IA générative pour ajouter ou soustraire des éléments.
Traduit du blog d’Associated Press

L’agence va même plus loin en interdisant catégoriquement à ses journalistes d’utiliser l’IA pour générer des photos, vidéos ou sons. La crainte ? Que ces outils high-tech modifient ou dénaturent les contenus médias. De plus, l’AP s’interdit de publier des images suspectées d’être des faux générés par IA, sauf si ces faux sont le sujet d’un papier.

Préserver la qualité de l’info et protéger le travail des journalistes

Mais quelles sont les motivations profondes de l’Associated Press derrière l’instauration de ce cadre si strict, voire rigide, encadrant le recours aux IA par ses journalistes ? Elles sont au nombre de deux.

L’agence s’engage fermement à maintenir la qualité et la fiabilité de l’information transmise au public. Elle est parfaitement consciente des grands dangers liés à la propagation de désinformation et à la manipulation de l’opinion publique que ces technologies d’IA, encore en développement, peuvent engendrer.

  • Nous encourageons également les journalistes à faire preuve de prudence et de diligence pour s’assurer que les documents qui parviennent à AP en provenance d’autres sources ne contiennent pas de contenu généré par l’IA.
  • L’IA générative rend encore plus facile la diffusion intentionnelle de fausses informations et de désinformation par le biais de mots, de photos, de vidéos ou de sons modifiés, y compris des contenus qui peuvent ne présenter aucun signe d’altération et sembler réalistes et authentiques. Pour éviter d’utiliser ce type de contenu par inadvertance, les journalistes doivent faire preuve de la même prudence et du même scepticisme qu’en temps normal, notamment en essayant d’identifier la source du contenu original, en effectuant une recherche d’image inversée pour vérifier l’origine d’une image et en vérifiant si des médias de confiance ont publié des rapports contenant un contenu similaire.
Traduit du blog d’Associated Press

L’AP souhaite protéger l’intégrité du métier de journaliste et le travail professionnel réalisé par ses reporters humains. L’agence tient avant tout à ce que les fondamentaux du journalisme soient préservés : vérification rigoureuse des faits, recoupement des sources, enquêtes de terrain, recherche de témoignages, etc.

Difficile de croire que cette décision courageuse ne fasse pas des émules. Rappelons que l’Associated Press est LA référence absolue pour les règles journalistiques dans le monde entier. Ses choix influencent forcément les milliers de rédactions qui s’inspirent de ses directives pour établir leurs propres règles.

C’est donc un test à très grande échelle pour voir comment intégrer l’IA de façon éthique au journalisme. Et ça pourrait bien faire jurisprudence dans toute la profession.

L’Associated Press en est consciente, et assume ce rôle de guide pour la profession.

Bien sûr, tout n’est pas figé : les usages de l’IA évolueront avec ses progrès. L’agence devra peut-être assouplir certaines règles à l’avenir. Mais avec ces directives visionnaires, l’Associated Press jette les bases d’une IA qui solidifie (plutôt qu’affaiblit) le journalisme de qualité. Voilà qui devrait inspirer du monde !

L'Associated Press serre la vis de l'IA en journalisme'agence Associated Press très connue dans le milieu du journalisme.
L’agence Associated Press très connue dans le milieu du journalisme – © Wikipédia
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