Zoom n’utilisera plus les données de ses clients pour son IA

Scandale chez Zoom : l’icône du télétravail épinglée pour ses conditions d’utilisation abusives des données. La polémique interroge l’éthique de l’IA.
Zoom n'utilisera plus les données de ses clients pour son IA
La plateforme Zoom change sa politique sur les données personnelles pour entraîner son IA - © Zoom

C’est une polémique dont se serait bien passée Zoom. Le géant américain des solutions de visioconférence, adoubé pendant la pandémie et devenu symbole planétaire du télétravail, se retrouve dans la tourmente. Sa récente mise à jour des conditions d’utilisation lui a valu un véritable lynchage sur les réseaux sociaux. La raison de cette fronde massive ? Zoom s’octroyait ni plus ni moins le droit d’exploiter certaines données personnelles de ses utilisateurs, comme les contenus audio et vidéo des réunions sur sa plateforme, et ce dans le but assumé d’entraîner ses outils d’intelligence artificielle.

Face au scandale, la firme californienne a rapidement fait volte-face, amendant discrètement ses conditions d’utilisation. Mais le mal est fait. Cette affaire jette une lumière crue sur des pratiques jugées abusives en matière de collecte de données privées. Et elle fragilise sérieusement l’image de Zoom, au moment même où l’entreprise rappelle ses troupes au bureau, prenant à contre-pied son statut d’icône du travail à distance.

Zoom opère discrètement un rétropédalage

Prise la main dans le sac, Zoom s’est empressée de réagir pour tenter d’éteindre l’incendie. Exit la formulation floue qui lui octroyait des droits excessifs sur les données clients. La nouvelle mouture des conditions d’utilisation est on ne peut plus claire. L’entreprise ne se servira pas des informations de ses utilisateurs sans leur consentement explicite. Un rétropédalage discret mais néanmoins notable, qui trahit une réelle fébrilité.

Zoom n'utilisera plus les données de ses clients pour son IA
Parmi les fonctionnalités IA proposées par Zoom, le résumé de meeting – © Zoom

Dans le même temps, la directrice des produits de Zoom est montée au créneau sur le blog officiel de la société. Objectif : rassurer les troupes et clarifier la position de l’entreprise sur ces questions éminemment sensibles. Le message se veut apaisant. Non, Zoom ne fera pas n’importe quoi des conversations privées de vos longues réunions sur sa plateforme. Les clients restent « propriétaires de leurs données », insiste la responsable. Une façon de reconnaître les errements passés et de tendre une main aux utilisateurs échaudés.

Données privées et IA : une pente glissante

Au-delà du cas Zoom, cette affaire met en exergue les dangers de l’exploitation abusive des données personnelles au profit de l’intelligence artificielle. Car les modèles d’IA développés par Zoom se nourrissent de contenus vidéo et audio, soit des informations éminemment intimes et privées. Entre les visages et les voix des participants, les conversations confidentielles échangées… Difficile de faire plus personnel.

Or, Zoom ne s’en cache pas : elle compte exploiter toutes ces données privées pour améliorer sans cesse ses algorithmes, quitte à jouer avec le feu. Car la frontière est ténue entre innovation technologique et dérive sécuritaire. A force de tout collecter et analyser, ne prend-on pas le risque d’une surveillance de masse sournoise ? D’autant que Zoom est déjà équipée d’outils d’IA comme le résumé automatique des réunions. Visiblement, l’appétit vient en mangeant…

L’affaire Zoom a le mérite de poser sur la place publique un débat de fond. Ces derniers mois, les géants de la tech essuient les plâtres, régulièrement épinglés pour leur gestion opaque des données au service de l’IA. Que ce soit Google, Meta ou Microsoft, tous se voient reprocher un manque de transparence sur des pratiques aux lourdes implications éthiques. La pression monte pour encadrer strictement ces usages.

Cette polémique tombe donc à point nommé. Elle rappelle combien nous devons collectivement redoubler de vigilance, à l’heure où l’IA infuse tous les aspects de nos vies. Les entreprises sont sommées de clarifier leurs règles du jeu et leurs responsabilités. Quand les utilisateurs exigent un meilleur contrôle sur l’exploitation de leurs données.

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