Meta contre-attaque : les médias canadiens bloqués sur Facebook et Instagram

Meta bloque les médias canadiens sur ses plateformes en réponse à la loi C-18, qui exige une rémunération des éditeurs pour les contenus partagés en ligne, à l’instar du modèle australien.
Meta contre-attaque : les médias canadiens bloqués sur Facebook et Instagram

C’est un coup de force inédit. Meta a entamé le blocage progressif des médias canadiens sur ses réseaux sociaux Facebook et Instagram. En cause : l’adoption par le pays d’une loi imposant aux géants du web de rémunérer les éditeurs de presse pour les contenus partagés en ligne.

Depuis mardi, les liens et articles publiés par les médias locaux sont peu à peu rendus inaccessibles aux internautes canadiens. Plusieurs captures d’écran circulant sur les réseaux montrent des pages de médias devenues totalement noires, comme frappées de censure.

Une copie du modèle australien

Cette décision radicale de Meta intervient en réaction à la nouvelle loi canadienne C-18, adoptée en juin 2022. Cette régulation s’inspire directement de ce qui avait été fait en Australie en 2021. Son objectif : forcer la main des géants du web comme Facebook et Google pour qu’ils rétribuent enfin les médias pour les contenus journalistiques.

Concrètement, le texte impose la négociation d’accords équitables de partage des revenus entre plateformes et éditeurs. Et prévoit un arbitrage contraignant en cas d’échec des discussions. Une manière de sauver les médias locaux, en grande difficulté financière, et de leur assurer une part du gâteau publicitaire numérique.

Meta juge la loi inéquitable

Le géant américain Meta, lui, voit les choses différemment. Pour lui, cette législation « repose sur une idée fausse ». Selon Meta, ce sont au contraire les médias qui profitent de la visibilité offerte par Facebook et Instagram pour maximiser leur audience et leurs profits. À l’inverse, l’actualité ne serait pas un facteur déterminant d’utilisation des réseaux sociaux pour les internautes.

Fort de ce constat, Meta a décidé de frapper fort en privant les Canadiens d’accès aux contenus médiatiques sur ses plateformes. Une façon de protester contre une loi jugée inéquitable, et de mettre la pression sur le gouvernement.

Le gouvernement dénonce une décision « irresponsable »

De leur côté, les autorités canadiennes sont vent debout contre ce qu’elles considèrent comme du « chantage ». La ministre du Patrimoine a vertement critiqué cette décision « irresponsable » et cette « censure » de l’information de la part de Meta.

Elle rappelle que le duopole Facebook-Google accapare 80% des recettes publicitaires numériques dans le pays. Difficile dès lors de contester la légitimité d’une meilleure répartition de la valeur entre plateformes et éditeurs.

L’issue de ce bras de fer sans précédent reste très incertaine. Le blocage va-t-il s’étendre au cours des prochaines semaines ? Google suivra-t-il le mouvement ? Ce laboratoire législatif canadien est scruté de près par de nombreux pays. Les éditeurs pourront-ils contraindre les géants de la tech à mieux les rémunérer ? Le match ne fait que commencer.

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