Le monde des médias retient son souffle à la parution du dernier rapport Digital News Report. Publié chaque année par le célèbre Reuters Institute, ce baromètre fait figure de bulletin scolaire redouté. Les résultats 2023, basés sur un sondage titanesque auprès de 93 000 personnes dans 46 pays, sont malheureusement sans appel. Seulement 4 individus sur 10 disent encore faire confiance aux infos la plupart du temps. Soit une baisse de 2 petits points en un an, gommant le frêle regain de crédibilité entrevu pendant la pandémie.
Année après année, le lien entre journalistes et audience s’étiole un peu plus. Certains décrochages paraissent désormais irrattrapables, surtout chez les jeunes. Ce rapport est un électrochoc qui place le monde des médias face à ses responsabilités. Il doit d’urgence renouer le dialogue avec le public, sous peine de sombrer dans l’insignifiance.
Le lien entre médias et public s’effrite dangereusement
Le constat est amer : la défiance vis-à-vis de l’information progresse un peu partout. Même aux États-Unis, où la confiance dans les médias dégringole de 6 points en un an, en dépit d’un climat politique moins hystérisé. Autre motif d’inquiétude : 36% des personnes interrogées admettent fuir délibérément l’actualité anxiogène. Ce rejet a explosé de 7 points depuis 2017.
Les journaux et chaînes traditionnels peinent surtout à séduire les 15-24 ans, qui leur préfèrent les réseaux sociaux. Pour cette génération ultra-connectée, l’info classique serait trop déprimante et répétitive. Un défi colossal pour les médias, contraints de verdir leur offre éditoriale et leurs équipes, sous peine de sombrer dans l’obsolescence.
Cette érosion de la relation avec le public sonne comme un avertissement pour l’avenir du journalisme. Elle appelle à redoubler d’inventivité éditoriale et à renforcer les liens de proximité avec chaque communauté desservie. Les médias ne pourront reconquérir les esprits qu’en prouvant concrètement leur utilité sociale au quotidien.
Les plateformes sociales, passage obligé des jeunes
L’étude révèle que les audiences, notamment les plus jeunes, dépendent désormais majoritairement des plateformes sociales pour s’informer. 30% des sondés privilégient ce mode d’accès à l’actualité, contre seulement 22% passant directement par les sites et applications des médias.
YouTube, Instagram et TikTok captivent l’attention des 15-24 ans bien plus efficacement que les marques journalistiques historiques. Ces dernières sont délaissées par la génération des « digital natives », qui préfère absorber l’info au gré de ses déambulations sur les réseaux sociaux.
Si cette tendance répond à de nouveaux usages, elle n’est pas sans danger. L’exposition croissante aux algorithmes opaques des plateformes fait planer la menace de bulles informationnelles renforçant opinions et biais cognitifs. Un enjeu démocratique majeur que les médias se doivent d’affronter.
Modèles économiques menacés
Côté business, le rapport met en lumière un essoufflement inquiétant. La proportion d’internautes payant pour de l’information en ligne plafonne à 17% cette année, stagnant pour la deuxième année consécutive.
Pire, face à l’inflation et la crise du coût de la vie, de nombreux abonnés se désengagent : 23% ont résilié un abonnement info dans l’année, et 23% ont renégocié un tarif au rabais. Entre difficultés économiques des ménages et concurrence féroce des plateformes, les perspectives de croissance payante s’assombrissent.
Pour reconquérir des lecteurs rétifs à mettre la main au portefeuille, les médias devront miser sur la qualité éditoriale et l’expérience utilisateur. Le pari est risqué mais passionnant : réinventer en profondeur le pacte avec les publics, en conjuguant innovation technologique et excellence journalistique.
Avec ce rapport sans concession, le Reuters Institute livre un constat lucide des défis titanesques auxquels le journalisme est confronté. Des défis qui, s’ils sont relevés, ouvriront une nouvelle ère créative pour les médias. À condition de garder le cap malgré les tempêtes, et ne jamais oublier notre mission d’intérêt public.