L’irruption tonitruante de ChatGPT et consorts à la fin de l’année 2022 a placé les technologies d’intelligence artificielle sur le devant de la scène. Mais derrière le buzz sur ces agents conversationnels se cache une interrogation cruciale : quel sera concrètement leur impact sur l’emploi dans les années à venir ?
Selon une récente étude du cabinet Mc Kinsey parue en août 2023, la vague d’Intelligence Artificielle génératrice qui commence à peine à déferler pourrait bien se changer en un véritable tsunami ravageur sur le marché du travail. Explications détaillées.
L’intelligence artificielle amène des destructions d’emplois massives à prévoir…
Les prévisions des experts de Mc Kinsey sont limpides : l’Intelligence Artificielle génératrice va entraîner une automatisation massive d’emplois au cours de la prochaine décennie, notamment aux Etats-Unis. Selon leurs modélisations, pas moins de 30% des emplois américains seraient ainsi menacés d’ici 2030. Concrètement, cela représenterait près de 40 millions d’emplois rayés de la carte, soit l’équivalent de la population du Canada.
Les causes de cette hécatombe annoncée ? Des technologies désormais capables d’effectuer de façon autonome un grand nombre de tâches d’exécution ou de traitement de l’information, à moindre coût. Rédaction de contenus, interactions clients, analyses de données… Autant de fonctions traditionnellement dévolues à des employés, et que l’IA génératrice sait imiter.

Conséquence, des secteurs entiers de l’économie des services se retrouvent sur la sellette. Les centres d’appels, déjà largement automatisés, devraient voir les effectifs fondre inexorablement. La robotisation des secrétariats, comptabilités et services administratifs continuera à plein régime. Quant à la production industrielle, son assemblage robotisé se généralisera.
Bref, c’est une véritable lame de fond technologique qui s’apprête à déferler sur le monde du travail, promettant son lot de destructions créatrices à très grande échelle. Les pouvoirs publics auront fort à faire pour accompagner au mieux ces fractures tectoniques, et en amortir les impacts sociaux dévastateurs. Mais une chose est déjà sûre : cette nouvelle révolution des agents conversationnels marquera un bond supplémentaire décisif vers l’automatisation du travail humain. A nous d’en maîtriser les effets potentiellement dévastateurs.
…Mais aussi des opportunités de croissance à saisir
Certes, le tableau brossé par Mc Kinsey peut sembler bien sombre. Mais ce serait une erreur que de ne percevoir que menaces et destructions dans l’avènement annoncé de l’IA génératrice. Car les nouvelles technologies recèlent aussi des opportunités de croissance qu’il conviendra de saisir.
S’il est vrai que de nombreux emplois sont amenés à disparaître, dans le même temps, l’Intelligence Artificielle génératrice va faire émerger de nouveaux besoins en compétences humaines dans certains secteurs. Ainsi, dans la santé ou l’ingénierie, ces innovations accroîtront la productivité des professionnels bien plus qu’elles ne les remplaceront, à condition de leur fournir les formations adéquates. Des reconversions massives seront indispensables pour allouer la main d’oeuvre là où elle sera encore créatrice de valeur ajoutée.
Surtout, le cocktail détonnant innovation / destruction créatrice propre aux grandes révolutions technologiques ouvre la porte à des métiers totalement inédits. A nous d’imaginer les emplois de demain plutôt que de subir en regardant dans le rétroviseur. L’histoire l’a montré maintes fois : les transitions les plus abruptes sont aussi les plus créatrices, pour peu qu’on les aborde avec lucidité et volontarisme. L’avènement du numérique a bousculé l’emploi, mais a aussi fait émerger des pans entiers de nouvelles activités.

Aujourd’hui, qui aurait pu prédire il y a 20 ans l’essor d’emplois tels que community manager, growth hacker, ou chief happiness officer ? Demain, l’Intelligence Artificielle génératrice fera pareillement naître des métiers encore inimaginables. À nous d’anticiper ces bouleversements pour les orienter au mieux.
D’ores et déjà, de nouveaux besoins apparaissent. Architectes de données, ingénieurs MLOps, designers d’expérience conversationnelle… autant de rôles émergents pour dompter l’Intelligence Artificielle. À côté, la quête du sens et des émotions – l’apanage de l’humain – sera plus que jamais valorisée dans un monde augmenté par les machines.
Bref, le seul danger serait de subir cette disruption en s’accrochant désespérément aux emplois d’hier. Car pour peu que nous y mettions la volonté collective, l’Intelligence Artificielle génératrice peut devenir une chance plus qu’une fatalité.
L’ampleur précise des bouleversements à venir reste difficile à anticiper, tant le progrès technologique conserve une part d’imprévisibilité. Mais nul doute désormais que l’irruption des agents conversationnels marque un tournant historique pour l’emploi et le travail. D’ici 10 ans, des pans entiers de notre économie auront été transformés, faisant disparaître des millions d’emplois tout en en faisant émerger de nouveaux.
Dès lors, un impératif s’impose : agir vite et fort pour adapter travailleurs, entreprises et État à ce big bang annoncé. Car faute d’une stratégie de préparation collective à ce séisme, c’est une crise sociale et sociétale sans précédent qui nous guette.
À l’inverse, abordée avec lucidité et volontarisme, cette mutation du marché de l’emploi pourrait dynamiser notre économie et libérer du temps au profit de tâches plus épanouissantes. Bref, ce tsunami technologique n’a rien d’une fatalité : à nous d’en faire collectivement une chance plutôt qu’une catastrophe.